Peindre le corps au XXème siècle, n’est-ce pas toujours relever un défi ? N’est-ce pas tenter de sauver celui que l’histoire a laissé pour définitivement achevé, morcelé, démembré ?
Il semble que de ces avatars, la peinture de Sylvie Lobato s’informe dans le bon sens. D’une matière âpre, épaisse, elle parvient à dégager le corps de sa texture carcérale.
Au lieu d’y voir une position expressionniste, il serait plus juste de définir les contours d’une telle œuvre par la légéreté, la décision de la grâce, portée par des couches de couleurs libérées justement de tout asservissement à une forme. Ici le corps est en instance, il se meut, se métamorphose, nous émeut.
Point d’arrêt dans sa course, il n’est peut être que la trace de ce qu’il fut, constant mélange de ses tensions, comme de ses évanescences.
Le nu, sous l'empire de la main de l’artiste, se dégage de toute forme d’illusionnisme, et incarne la présence pure. Comme arraché au carcan de la toile, il déploie sa force sans pour autant stigmatiser de violence à la surface du tableau. Même par des tons chauds, la virevolte n’en est que plus fougueuse, et essaime dans le champ de la toile les éclats de son tourbillon.
Point de trauma à l’œuvre, répétons-le, le Nu de Sylvie Lobato intensifie la matière picturale, et non l’inverse. C’est dans un corps-à-corps littéral avec la peinture, sans parler pour autant d’Action Painting, que l’artiste nous convie à l’élaboration de ce surgissement, à la manifestation sans brutalité d’un corps parfois halluciné, souvent apaisé. Emmanuelle Ravel